La communication paraît la chose la plus naturelle qui soit mais nous y mettons bien trop de nous-mêmes pour qu’elle soit simple et sans risque de conflits. Les questions de santé, de patrimoine, d'éducation des enfants... ravivent les problématiques intimes de chacun d'entre nous.

A TRIER 645

 

Rester neutre pour eviter le malentendu est un voeu pieux. Nous ne sommes pas maîtres de ce que nous ressentons et de ce que nous exprimons à notre insu. En théorie l'éthique, la courtoisie et la légitimité professionnelle fixent les limites aux échanges. Dans la pratique un échange d'ordinaire agréable peut virer au cauchemar. Un propos, un regard, une expression de fatigue, peuvent être interprétés à tort ou travestis par l’angoisse ou par tout autre facteur susceptible de perturber le jugement.

Le conflit et l'expression de la colère sont admissibles et  nécessaires à une communication vivante. Les disputes, les malentendus sont des aléas inévitables et supportables jusqu’à un certain point car certains conflits pourrissent nos relations et sont sources de multiples dommages.

Un échange  en apparence courtois, ou même agréable, peut oculter sa dose de malentendus et de violences latentes. Certains désignent parmi les causes de la violence la  symétrie. L'amoureux, ou l'amoureuse, blessé(e) peut vouer aux gémonies l'objet des son désir déçu. Il se peut  que notre interlocuteur professionnel investisse la relation sur un mode affectif, il ou elle attend des égards, séduction, compliments, fascination muette. Peu importe que les interlocuteurs soient de sexes différents ou du même sexe, l'enjeu n'est pas la romance mais la confirmation d'exister aux yeux d'autrui. Nous prenons courtoisement congé et quelques jours plus tard nous sommes l'objet d'accusations, de rumeurs.

Chacun d'entre nous peut faire les frais d'un harcèlement, de fausses accusations, de rumeurs ... Cette forme de violence soft, entre voisins, collègues, membres d'un même établissement scolaire est différée, organisée, elle condamme sans procès et punit sans se soucier des conséquences pour l'autre. Curieusement fréquente elle est le fait de personnes ordinaires, ni particulièrement harceleuses ni perverses narcissiques.

Pourquoi ? Peut-être parce que nous vivons dans une société où le paraître et l'image occupent le devant de la scène. Nous sommes soumis, au travail et parfois à la maison à des modèles comportementaux.  Priés de faire court, nous sommes invités à disqualifier la pensée et ses méandres au profit  d'idées simples et sans nuances. Il devient de plus en plus délicat de marquer une singularité par l'habillement, ou de n'y prêter aucune attention. Adopter le bon dress code serait une des clés de notre réussite sociale et affective. Il y a dans la façon d'appliquer des solutions marketing à la destinée humaine une ignorance de la réalité psychique du sujet humain.
Le marketing rassemble des outils certes précieux pour créer des richesses matérielles, mais nous, sujets humains il nous suffit d'écouter  notre désir, ou nos souffrances, pour nous rappeller, si toutefois nous l'avions oublié, à quel point nous sommes complexes, ambivalents, étrangers par certains aspects à nous-mêmes et en perpétuel devenir.