Notre société se demande quoi faire des personnes âgées, de plus en plus nombreuses, des jeunes, de plus en plus désorientés, des parents désormais sans autorité, des mâles ayant perdu leurs prérogatives. Ces questions interrogent notre narcissisme, à chaque grand tournant de notre vie. Le vieillard croit qu’il n’est plus utile, le jeune qu’il est incompris, le parent qu’il est rejeté, l’homme qu’il n’est plus admiré... Ces plaintes montrent à quel point le narcissisme peut nous amener à jouer la mauvaise carte, celle de la domination.

Dans le "bon usage du narcissisme" le propos d'Alberto Eiguer peut se résumer ainsi, le narcissisme positif c’est plus pour soi qu’au détriment des autres. La bonne carte est celle de l’intimité et de l’expérience intérieure qu’il est nécessaire de sauvegarder pour se ressaisir et triompher de soi. Le vieillard est le garant d’un lien avec nos ancêtres. Il est la mémoire si nécessaire dans un monde qui va vite. Le jeune a la puissance du changement, il saura nous sauver des impasses. Le parent dispose de la parole pour dialoguer avec ses enfants, il raconte son parcours ce qui vaut mieux que l’injonction ou le conseil. L’homme a la vigueur et la détermination. L’exemple compte plus que l’emprise, il est plus crédible, plus entraînant. Le narcissisme positif c’est plus pour soi qu’au détriment des autres.

La question du narcissisme est exposée du point de vue clinique par Rosa Caron, psychologue clinicienne, dans un ouvrage, « Comprendre la personne âgée ». Ce livre nous rappelle que pour la génération actuelle des plus âgés, le travail a participé à l’identité et aucune autre génération n’est probablement aussi sensible au statut social que celle-là. « Ils ont fait de leur travail le pilier de leur existence. Symbole de liberté, de revalorisation sociale et d’autonomie". Sous cet angle on prend la mesure de l'ampleur de l'amertume qui accompagne les difficultés à exister dans le sphère sociale des plus âgés, de leurs enfants devenus "séniors" qui se battent pour garder leurs emplois et de leurs petits enfants qui peinent à touver un premier poste.

L’avancée en âge contredit le sentiment que « la vie durera toute la vie ». La prise de conscience des marques du temps et la capacité à dépasser des deuils insurmontables dépendent de la constitution d’objets internes étayants qui rendent supportables la situation réelle de solitude. Celui qui a appris à faire face à l’appauvrissement des sollicitations extérieures et à l’absence effective d’objets d’amour, et c'est souvent le cas du sujet âgé, est aussi le mieux armé pour surmonter le caractère douloureux de la perte.

Le caractère douloureux de la séparation et de la solitude est notablement rendu explicite dans le texte de Freud Deuil et Mélancolie. La perte de repères du passé associée à l'absence d'objet damour, peut être ressentie par le sujet comme un vide. La douleur peut s'exprimer sur le versant somatique par des troubles physiques parfois douloureux et sur le versant psychique par le travail imposé au moi qui doit dégager son investissement pour le porter sur un autre objet. Ce travail psychique demande du temps et des réaménagements qui peuvent justifier une psychothérapie.